Là, j’écoute le premier album de Bloody Mary et je me dis que, quand même, les galops d’essai des jeunes groupes ont bien changé en dix ans. A l’époque, il devait y avoir un lobby du son crade et moisi, une règle tacite que si tu la respectes pas, tu meurs, ou un truc comme ça. En effet, les groupes, aussi bons soient-ils, semblaient tous enregistrer dans une boîte à chaussures, façon "Dans ma cave prod". Alors que là, tout ce qu’on reçoit ou presque a un son clean, on distingue bien ce qu’on écoute, cet artifice n’est plus requis pour sonner metal. Bon, j’avoue, ça concernait plus particulièrement le black metal. Nonobstant, ce "We Rock You Suck " ne fait pas exception à cette règle, le son est nickel chrome.
Avec ceci va le fait que les premiers albums ont l’air nettement moins bricolés, nettement plus pro, les jeunes chiens fous savent plus vite ce qu’ils cherchent à faire passer et c’est, en général, musicalement plus abouti. Ce constat n’engage que moi, bien évidemment.
Alors voilà, tout ce laïus pour vous dire que Bloody Mary propose ici un disque pro, musicalement mature et réussi dans un genre peu représenté en France.
La pochette de l’album donne le ton, avec des filles sexy comme savent s’en entourer les groupes rock’n’roll, et d’ailleurs, tout dans la musique hurle "naked chicks" !
Dès le premier morceau, "Mary Go Round", les bases sont jetées comme on balance sa tente Quechua dans une clairière avant de la voir se déploye d’elle-même. Plus hard rock que metal, Bloody Mary semble nous ramener 10, voire 20 ans en arrière (rien de rétro, plutôt l’ombre planante d’un style à la fois old school et intemporel qui a eu ses grands représentants dans ces années-là). On pense à quelques grands classiques : Guns N’ Roses, le père Ozzy, Mötley Crüe, Poison, Cinderella…
Dès le titre suivant, "On My Own" ça fleure bon Aerosmith, tant dans les riffs que dans la voix de Bloody Toy dont les feulements évoquent immanquablement Steven Tyler. Le parallèle est encore plus flagrant sur "Hollywood".
Vient ensuite "Love Is Like Addictive", titre accrocheur pour lequel un clip a été tourné, fort bien foutu et que vous pouvez voir sur le CD ou sur le MySpace du groupe (MySpace où vous pourrez également écouter une excellente reprise de "Maniac").
Difficile de faire dans le hard sans la traditionnelle balade, ici "Restland", s’ouvrant sur une guitare semi-acoustique très Eagles. Je ne sais pas si c’est mon côté fleur bleue qui s’exprime, mais malgré les poncifs du genre que l’on retrouve dans ce titre (rythmes, solo, structure, chant), il me plaît plutôt. Pour moi, un très beau morceau et un des titres marquants de l’album.
Sans aller jusqu’à détailler chaque chanson, notons encore "Showtime" et son solo à la limite entre le thrash et le hard FM dans les aigus avant de s’emballer dans des graves plus proches de Slash.
Enfin, l’album se clôture sur un "Living It Large", morceau qui pourrait sans trop de problèmes rivaliser avec les ténors du genre.
En quelques mots, Bloody Mary, c’est un rock carré, efficace et bien gaulé joué par des zicos qui ont oublié d’avoir deux bras gauches et qui nous offrent de bons riffs, des chansons entêtantes et une poignée de sable ricain.
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