Il y a des jours où on se dit qu'il n'y a plus beaucoup de risques qu'on soit surpris dans un style souvent volontairement balisé comme le black metal. En farfouillant dans les multiples groupes, il est quand même relativement fréquent de tomber sur de pâles copies de Darkthrone. Et pourtant il y a quelques irréductibles (Gaulois en plus pour le coup) qui résistent et qui savent offrir une musique personnelle et de qualité. Bliss Of Flesh en fait partie et nous délivre ici une galette Synthol, à savoir donc qu'elle fait du bien là où ça fait mal. "Emaciated Deity" est donc le premier véritable album de Bliss Of Flesh après un EP et deux splits et on sent que l'on n'a pas affaire à des débutants.
Premier constat c'est très bien fait, tout est en place, le son est bon à la fois clair et précis en gardant un minimum de puissance nécessaire au décrassage de cages à miel. Parce que oui ça ramone quand même pas mal, c'est pas du metal de fillettes qui nous est offert ici, ça tape fort et ça tape dur. Le mélange du black avec quelques gros riffs tout droit sortis du death fait des étincelles et va à coup sûr en laisser quelques uns sur le carreau. Mais le groupe ne nous offre pas que ça bien au contraire, il parsème tout l'album de passages mélodiques toujours très justes et placés là où il faut quand il faut. Et attention, pas de sucreries ici, les mélodies en question quand elles ne transpirent pas la mélancolie sont bien dissonantes comme il faut. Le tout offre une mixture qui donne l'avantage à l'efficacité sans pour autant être simpliste, idéal pour s'en prendre plein les esgourdes.
Précisons aussi qu'a l'origine le vocaliste était le très bon Terrorizt et qu'il a été remplacé par Necurat (ex-Latrodectus). Et force est de constater que le groupe n'y a pas perdu au change, le bougre s'en sort très bien et varie les timbres de voix en passant de la voix black au growl limite death, sans oublier quelques passages scandés et d'autres encore qui ne sont pas sans rappeler l'ami Attila. Une belle performance qui permet de ne pas plomber les compos par un chant monocorde comme cela arrive souvent dans ce style de metal. Les autres membres du groupe ne sont d'ailleurs pas en reste, la batterie est bien mise en avant et varie elle aussi les plaisirs, malgré un rendu peut être un peu trop synthétique qui m'a presque fait croire au début à une boite à rythmes, surtout pendant les roulements. Les guitares apportent aussi leurs lot de surprises, comme l'intrusion de temps en temps de mini soli mélodiques ou ces fameux gros riffs de bucherons évoqués plus haut.
Avec le recul on se rend compte que l'album tient bien la distance et qu'il se réécoute très souvent sans problèmes, on ne s'en lasse pas et ça aussi c'est suffisament rare pour être souligné. Un très bon premier album donc pour Bliss Of Flesh qui ouvre de belles perspectives pour la suite en espérant que le groupe puisse défendre l'engin en live comme il se doit et poursuivre sa route. Il est certain que si ces gars continuent sur ce chemin la suite des hostilités risque de faire très mal. Pour tous les amateurs du style, les morceaux sur leur MySpace donnent une bonne idée générale de l'album. Je ne peux donc que vous conseiller d'aller y jeter une oreille (voir les deux c'est en stéréo).
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