"Lines Breaking Circles"
Note moyenne : 17,75/20
Avec un artwork épuré mais rudement efficace voici le premier album de As We Draw. La confection de la pochette DIY vous prendra quelques minutes, de quoi m’occuper un peu pour découvrir cet album. La platine avale goulument le disque pour rapidement me recracher en pleine figure un son puissant, précis, accompagné d’une voix terriblement accrocheuse. C’est "Shame", premier titre de cet opus. Il suffira de ce seul titre à As We Draw pour rendre indispensable l’écoute de la suite.
La suite c’est "Sin Of Addiction". L’addiction on en est instantanément victime avec ce morceau alliant brutalité instinctive et courbes sensuelles. Un voyage auditif plus que saisissant, qui vous transporte loin, même les deux fesses bien ancrées au fond du canapé. Puis on nous tient la tête pour mieux se prendre les gifles avec "Shield". Mais attention, ici jamais de violence gratuite, la structure du morceau nous emmenant petit à petit vers les douces vagues d’une tempête à venir. Avec "Burst Of Colour" on est de retour dans un post-hardcore séduisant et parfaitement maitrisé. AWD nous propose également un titre instrumental sous le nom de "When Crowds Are Trapped The Lonely One Dies". Difficile ici de décrire avec de simples mots ce que ce morceau véhicule. Une symphonie presque trop courte, à écouter les yeux fermés dans un grand fauteuil auprès d’une cheminée. Sans transition c’est "Fault Lines" qui enchaîne avec son riff entraînant et sa voix douloureuse, plaintive, pour s’achever, et nous achever par la même occasion, avec quelques notes à l’impact fort. Progressivement c'est "Drowned In Flames" qui s'installe. Une montée en intensité magistralement orchestrée. Ça repars en tornade avec "Draft", plus brut, plus rentre dedans, pas la peine de tenter une esquive puisque de toute façon vous recevrez le morceau en pleine poire. L'album s'achève sur "Scum Of The Earth" en une mélancolie lourde et profonde. Une manière d'assoir une fois de plus la qualité de cette galette, de leur art tout simplement.
Cet album, c'est certain, va hisser As We Draw au rang de référence. Un son quasi irréprochable pour des compositions aussi réussies que variées. Je suppose que la version vinyle octroie encore d’avantage de charme à leur musique, mais pour ceux qui se seraient laissés séduire il va falloir batailler puisqu’il n’y a que 300 exemplaires de prévu pour l’instant !
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Kévin
Novembre 2010
Note : 18,5/20 |
As We Draw. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais cela ne devrait pas durer. Comment pourrait-il en être autrement tant les qualités du trio Lavallois sautent aux oreilles à l’écoute de leur premier album, "Lines Breaking Circles".
Le groupe, formé en 2009, s’est construit sur les cendres de Hard Off Hearing, dont il a gardé certains éléments stylistiques, tout en s’affranchissant de l’influence de Textures, qui leur collait à la peau. Ce qui n’est pas plus mal tout compte fait. Alors que HOH nous offrait de très bons morceaux, mais dont nous avions parfois du mal à saisir la cohérence, As We Draw nous envoie en pleine gueule une musique sans concession. Après un premier EP autoproduit très prometteur, voici venu le moment de découvrir ce premier album.
Parler de grosse claque est un doux euphémisme. En 9 titres et un peu moins de 38 minutes, As We Draw nous fait un récital de ce que le post-hardcore a de mieux à offrir, servi par une production exemplaire de Sylvain Biguet (Klone, Trepalium, Comity…) et un mastering de Alan Douches (Converge, Mastodon, The Dillinger Escape Plan…), excusez du peu. La batterie est massive à souhait, le son de basse écrasant, les guitares sont à la fois sauvages et très classes, le tout étant clair et puissant, mais à mille lieux des productions aseptisées actuelles. L’album a d’ailleurs été enregistré live, ce qui lui procure une dynamique et une pêche que n’ont pas de nombreux albums enregistrés piste par piste.
Niveau musique, cela va du brûlot hardcorisant à la Breach ("Draft", "Shield") aux passages plus planants façon Cult Of Luna. Mais il serait injuste de résumer As We Draw à ces quelques influences car, malgré sa jeunesse, on ressent chez ce groupe une forte personnalité, alliée à un indéniable talent de composition. Ils ont cette faculté d’imprimer les émotions sur leur musique, grâce à des arrangements simples et subtils, et une volonté de gerber leurs tripes lorsqu’il s’agit d’envoyer la purée. À ce titre, chaque hurlement est une souffrance pour les cordes vocales. As We Draw joue de façon viscérale. On passe de la pure rage à la mélancolie sans s’en apercevoir, chaque transition se faisant dans une fluidité exemplaire. La meilleure façon d’écouter "Lines Breaking Circles", c’est de fermer les yeux et de se laisser transporter. Le voyage est court, mais riche en sensations. L’enchaînement de l’instrumental "When Crowds Are Trapped… The Lonely one Dies" avec le monumental "Fault Lines" représente un sommet d’intensité qui, à lui seul, mérite que l’on se procure cet album.
D’ailleurs, parlons de la démarche du groupe, qui est à encourager. En effet, As We Draw propose chacune de ses sorties (l'EP et l’album donc, pour ceux du fond qui n’auraient pas suivi) en téléchargement gratuit, avec la possibilité de réaliser l’artwork soi-même. Cela découle de l’ambition du groupe de créer une véritable unité artistique où musique, textes et graphismes sont étroitement liés. Bien entendu, ceux qui auront été séduit par la musique et la démarche plus que louable d’As We Draw auront la possibilité de se procurer "Lines Breaking Circles" en différents formats, car les gaziers sont maintenant soutenus par cinq labels, dont trois à l’étranger. Ce qui est une preuve de la qualité de ce combo.
Alors, évidemment, tout n’est pas absolument parfait, mais rares sont les formations ayant, si jeunes, une telle maturité musicale. Et il est fort probable que leur marge de progression soit encore grande. Il nous tarde déjà d’entendre ce qu’As We Draw nous réserve pour le futur.
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Pedro
Novembre 2010
Note : 17/20 |
"Background/Frontline"
Note : 15,5/20
Parfois, je fais tellement de trucs, que j’en oublie d’autres. Et As We Draw fait malheureusement partie de mes oublis. Donc, six mois après, je me réattaque à la chronique.
Tout d’abord, on remarque que le CD a deux noms. En effet, il y a quatre chansons sur "Background", et quatre chansons sur "Frontline". Et bien sûr, deux artwork différents, ce qui me fait penser à un vinyl, chaque partie représentant une face.
Alors, que dire de cet album ?
La partie "Background" est entamée par un morceau au nom de "Reflection". Et d’ailleurs, si on s’arrête un tantinet sur le nom des chansons, on a comme une impression de sludge, de post punk, impression qui se laissera aussi ressentir au niveau de la musique, bien entendu.
Donc, pour en revenir à "Reflection", on peut dire que ce morceau rentre dans le vif du sujet, est loin de nous ménager. Entre hardcore et mathcore. Et une structure bien complexe, puisque l’on ressent tour à tour les différentes influences : une voix criarde pour le mathcore, la reprise en chœur des refrains, qui nous fait penser aux bases du NYHC, puis une polyrythmie bien installée. As We Draw ne fait pas dans la dentelle. Parce qu’en plus de toute cette structure complexe, le morceau est angoissant, oppressant. Un véritable chaos. Chaos qui donne alors de l’ampleur au côté sludge.
Puis "Reflection" laisse place à "Misery". "Misery" qui reprend les mêmes ingrédients que la recette "Reflection", autrement dit : une polyrythmie, une basse bien présente (présente au point de se demander si ce n’est pas sur elle que repose le morceau). Et à 2min32, un passage particulièrement sombre, particulièrement tripant, dans le sens qui vient des tripes. Une voix d’outre-tombe, une complainte puissante et larmoyante.
A y réfléchir quelque peu, As We Draw s’inscrit un peu dans la lignée de groupes comme Rise And Fall et The Dillinger Escape Plan.
Et rien à redire, tout est très bien construit, des morceaux bien carrés, bien pensés, qui ne laissent rien à l’aléatoire.
Le troisième morceau, "Way Down", s’inscrit dans la droite ligne des morceaux précédents, à une exception près. Les musiciens d’As We Draw nous gratifient d’un passage voix claire, plutôt lent par rapport à l’ensemble. Passage qui, malgré l’étonnement qu’il peut susciter, s’intègre bien à la structure d’ensemble. Et quant à "In The Background", qui clôture la première partie, c’est une compo plutôt longue, qui laisse parfois primer l’instrumental au côté vocal, avec un riff angoissant qui nous donne toujours cette sensation d’oppression. Rien à dire, les As We Draw savent où ils veulent nous mener.
Et quant à la face B alors ? Eh bien, comme tout album séparé en deux pour des raisons techniques, il n’y a aucune différence de structure, de style. La face A a bien installé les compo, a ancré en nous le son As We Draw, leur marque de fabrique. La face B n’est qu’une dégustation de ce que l’on vient de découvrir. Et d’ailleurs, c’est plutôt drôle de constater que la première chanson de cette face B s’appelle "On The Other Side", comme un fait exprès, comme pour accentuer cette impression de vinylisation du MP3. Donc, on reprend les mêmes et on recommence, toujours pour nous épater. Les morceaux suivants "From Back To Grey", sont structurellement similaires aux précédents, et mention spéciale à "This Vision", qui reprend les mêmes credo que pour "In The Background" à savoir une lenteur angoissante, un univers sombre, un côté sludge, en gros.
En résumé, que penser de cet album ? C’est un album complexe, intelligent, et qui cache bien son jeu. As We Draw se nourrit d’influences diverses, principalement celles du mathcore, du sludge, en passant par les techniques de base du hardcore voire du post hardcore. C’est sûr, il faut aimer le genre, mais en tout cas, si on est un adepte des musiques barrées, dont on pense de prime abord qu’elles sont totalement destructurées, et qu’on se rend compte par la suite que c’est tout le contraire, alors oui le "Background/Frontline" d’As We Draw vous plaira forcément.
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