"Becoming"
Note : 19/20
Voilà un album qui risque d'en surprendre plus d'un. Si vous connaissez Abigail Williams en tant que groupe de black metal typé sympho bourrin avec des antécédents dans le deathcore (il faut avouer que l'évolution est curieuse), oubliez ce que vous avez pu entendre d'eux. Place à un black atmosphérique des plus planants et surtout, des plus intellectuels.
Vu que 3 des compositions de l'album dépassent les 10 min (pour attendre 17 min sur la dernière piste), préparez-vous à une écoute plutôt longue (le CD dure 55 min).
La brutalité s'est quelque peu estompée, les mesures sont mélodiques dans leur ensemble. Définitivement out, les riffs techniques, on glisse encore plus en profondeur dans le black traditionnel. La vitesse a été réajustée pour s'adapter à une ambiance bien plus atmos. Les sonorités symphoniques ont été étoffées. Hormis les choeurs, on trouvera du chant clair, du violon archi pleurnichard (oui mais c'est bien hein !) et même quelques flûtes planantes sur le court "Three Days of Darkness"...
En tout cas, ce que j'en dis, c'est qu'on voyage sur cet album. Plus haut, encore plus haut. Le changement de style est édifiant et efficace, mais heureusement pour certains qu'"In The Absence Of Light" put être là pour servir de jonction, sans quoi la rupture aurait pu paraître trop radicale. Lamentable pour certains, cet album pourrait être vraiment plaisant pour beaucoup d'autres. Pour ma part, j'ai été conquis, même si j'apprécie beaucoup leurs anciennes affinités, bien plus brutales.
"Beyond The Veil", la dernière folie de l'album, fait preuve d'une subtilité et d'une sensibilité rarement entendues dans des groupes de BM je dois dire. Le passage au violoncelle, bien que relativement curieux, casse vraiment l'image de bourrins écervelés qu'ils auraient pu avoir par le passé. Pour ma part, j'ai été touché par l'effort. Les dernières secondes laissent la place à un sentiment d'une fin de rêve complexe, par l'utilisation de déformations sonores assez particulières. Il est temps de se réveiller...
Abigail Williams signe là une oeuvre intelligente et mature. On peut certes ne pas du tout aimer l'évolution assez floue de ces Américains, mais le projet est abouti, le défi réussi ! Personnellement les évolutions de style, quand elles sont bien faites (je ne parle pas d'évolution à la Morbid Angel, si vous voyez ce que je veux dire...), ne m'effraient absolument pas. Leurs changements ont suivi une logique assez insolite, mais une logique irréfutable tout de même, contrairement à de nombreux groupes. A quoi faut-il s'attendre pour le prochain opus, si opus il y a ?
"In The Absence Of Light"
Note : 16/20
Le départ de la claviériste, Ashley Ellylon (partie vérifier si l’herbe était plus verte du côté de la bande à Dani Filth), a semblé être un coup dur pour Abigail Williams, dont l’esprit symphonique de son précédent album, "In The Shadow Of A Thousand Suns", n’avait pas laissé indifférent. 2010 : nouvel album, nouveau line-up. Exit les claviers, et retour à un black metal dit "à l’ancienne", c’est-à-dire plus cru et direct. Grande amatrice de toujours des envolées lyriques de toutes sortes, ce petit changement aurait pu remettre en question mon intérêt pour ces Américains. Sauf que ceux-ci, loin de se laisser démonter pour la simple cause d’un départ, sont retombés sur leurs pieds avec vivacité, afin de continuer leur avancée en lui apportant les quelques transformations nécessaires. Le résultat s’appelle : "In The Absence Of Light" (on remarquera au passage la continuité logique des titres donnés aux albums et l’optimisme qui en dégouline par tous les pores), qu’ouvre un "Hope The Great Betrayal" rappelant curieusement le Dimmu Borgir de l’époque "Spiritual Black Dimensions"- constatation des plus plaisantes, en ce qui me concerne ! Une excellente mise en bouche, que j’espère bien entendu précurseur de mille-et-unes bonnes autres surprises ! Arrivée en fin de parcours, l’heure du verdict tombe : parler de quelconques "surprises" ne serait pas adapté. La voix criarde et coléreuse, les blasts incessants, les riffs tranchants et saccadés… Les stéréotypes du black metal sont à la fête ! Et a priori, des stéréotypes incapable de me toucher. Sauf qu’Abigail Williams possède ce détail qui, à lui seul, réussit à marquer la différence ; cette petite dose d’accessibilité de part ses atmosphères (qui a seulement prétendu une fois que seuls les samples et les claviers étaient qualifiés pour donner son ambiance à un morceau ?) voilées, ténébreuses, ainsi que part les touches mélodiques disséminées de çà et là, notamment dans les quelques soli à la présence un peu surprenante, mais néanmoins bienvenue ! "In The Absence Of Light" est, en conclusion, un album tout ce qu’il y a de plus conventionnel dans le genre dans lequel il évolue, mais la dextérité avec laquelle il est mené fait de lui un objet assez intéressant pour qu’on se penche sur son cas plus en profondeur. Les auditeurs friands de black metal y trouveront leur compte !
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